Entretien avec Pauline

Grâce au travail de fond mené en 2019, l'association De Main en Main bénéficie en ce moment du dispositif AMPLI (appui aux micro-projets locaux innovants).
Le dispositif s'adresse aux structures de l'ESS (économie sociale et solidaire) et consiste à "financer une opération qui doit garantir l'amorçage d'une nouvelle activité économique (hors étude de faisabilité) et la création d'un emploi."
C'est un dispositif de l'Union Européenne mis en œuvre par la Région Nouvelle Aquitaine.

AMPLI nous a permis d'embaucher Pauline Herrero au 1er octobre 2019 et nous avions hâte de vous présenter ce nouveau visage de la T!nda.

C'est parti...


Perrine : Bonjour Pauline, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?

Pauline : J'ai 26 ans et je suis ingénieure en Génie Civil et Urbanisme de formation.

J'ai rapidement été frappée par la rare implication des habitant.e.s dans les projets d'urbanisme. Je me demandais : mais comment peut-on penser le réaménagement d'un quartier sans même avoir rencontré celles et ceux qui y vivent ?

Une graine était été semée et j'ai poursuivi mes études en Suède sur le thème du changement climatique et des mouvements sociaux.
C'est en m'impliquant dans un jardin partagé et des associations de lutte contre le changement climatique, que j'ai découvert la force du collectif et des projets participatifs.

Ensuite, en Belgique, avec les universités de Louvain-la-Neuve et de Liège, j'ai participé à la création d'un institut de recherche éco-citoyen [c'est-à-dire que toute la société civile participe aux recherches ; pas uniquement des scientifiques].

J'ai aussi étudié la recherche dite trans-disciplinaire. Trans car elle ne s'arrête pas aux frontières des disciplines mais considère que tous les savoirs sont d'égale importance. C'est à ce moment-là que j'ai réalisé que les projets ne peuvent avoir un vrai sens et un réel impact que s'ils sont co-construits avec les différentes personnes concernées.

Perrine : Comment as-tu posé tes valises Pau ?

Pauline : Après de longues et nombreuses traversées de l'Europe entre trains et bus, il était temps pour moi de revenir en France.
Je suis originaire de Provence et pour changer des longues nuits du Grand Nord, j'avais envie de retrouver le soleil du sud. Je voulais aussi découvrir une nouvelle région et c'est dans le Béarn que j'ai élu domicile. Bon, entre nous, je me suis un peu trompée sur le soleil... mais ça fait au moins pousser les légumes ! [rires].
Je me suis installée à Pau où j'ai démarré un doctorat à l'université en Géographie et Aménagement du territoire.

Perrine : Comment as-tu entendu parler de la T!nda ?

Pauline : Une amie m'en a parlé à la suite d'un Café climat à Pau.

Perrine : Connaissais-tu les monnaies locales complémentaires et citoyennes (MLCC) avant d'arriver à Pau ?

Pauline : Je connaissais vaguement le principe des MLCC car il en existait une là où je vivais en Suède. Mais elle n'était pas très développée.
J'avais aussi vu le film Demain mais comme je ne m'y étais pas vraiment intéressée, j'étais loin d'en avoir saisi le fonctionnement et perçu tous les bénéfices.

Perrine : Comment es-tu devenue utilisatrice ?

Pauline : C'est un ami, un des vieux de la vieille de la T!nda, Cyril, qui m'a fait adhérer lors du Festival itinérant de la Tente à Sons à Billère au printemps 2019.
Je dois dire que je ne l'ai pas beaucoup utilisée et il s'est passé peu de mois entre le moment où j'ai adhéré et le moment où j'ai intégré l'équipe.
Je dois t'avouer que je rencontrais des difficultés pour échanger mes euros en T!nda entre la fac et là où j'habitais.

Perrine : Il n'y a pas le comptoir d'échanges de la Brasserie Béarnaise à proximité ?

Pauline : Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié !!
C'est la preuve qu'il est difficile pour les utilisateur.rice.s de faire de la T!nda un automatisme... On n'y pense pas toujours à l'avance et quand on voit l'autocollant, on se dit : "mince, j'ai encore oublié".
Depuis que je tiens la permanence à la Villa Violettes, c'est plus facile car j'ai accès au comptoir ambulant tous les mercredis. Désormais, j'ai toujours des T!nda dans mon porte-monnaie.

Perrine : Maintenant, parlons de ton travail, quel est l'intitulé de ton poste au sein de De Main en Main ?

Pauline : Je suis chargée de développement du réseau des prestataires et utilisateur.rice.s de la monnaie locale complémentaire et citoyenne du Béarn.

Perrine : Très bien, et en quoi ça consiste ?

Pauline : Ca consiste à être une personne ressource pour les adhérent.e.s de l'association De Main en Main. Par adhérent.e.s, j'entends bénévoles, prestataires et particuliers.

Quand vous appelez notre numéro, recevez un appel ou un courriel, c'est souvent moi à l'autre bout. Je centralise les informations, les appels, les demandes, l'administratif et je coordonne les bénévoles, en accord avec le Collectif de Gestion.

Ma mission principale c'est de permettre que la T!nda circule plus largement et plus facilement sur le territoire du Béarn en développant le nombre d'utilisateurs et d'utilisatrices.

Parmi les utilisateur.rice.s, on distingue les prestataires et les particuliers.
J'ai donc deux objectifs principaux :

  1. développer le réseau des prestataires et remonter leurs filières d'approvisionnement en démarchant leurs fournisseurs béarnais,
  2. faire croître le nombre de particuliers.

Perrine : C'est un sacré travail, comment tu t'y prends ?

Pauline : Pour commencer, en relançant le réseau des bénévoles actifs pour que la T!nda bénéficie des compétences, expériences et savoirs variés de chacune et chacun. "Plus on est de fous, plus on tinde", comme on dit ici !

Ensuite mon rôle est d'accompagner les différents secteurs du Béarn dans la construction de groupes locaux car beaucoup se sentent oubliés.

Nous allons organiser des Tind'Apéros et des rencontres toute l'année dans tous les coins du Béarn. Dans les faits, ça se prépare : je viendrai à votre rencontre à plusieurs reprises en amont pour écouter, expliquer le fonctionnement de la Tinda, adapter l'approche aux spécificités du territoire et relancer ensemble la Tinda localement.

Nous sommes en train de peaufiner le programme qui passera par Orthez, Artix et Monein, Navarrenx et Salies-de-Béarn, la plaine de Nay, le Village Emmaüs, la Vallée d'Ossau et Morlaàs.
Sachant qu'Eva et Marie-Pierre vont chouchouter les Oloronnais et la Vallée d'Aspe et que le groupe local de Pau est déjà activé avec un Tind'Apéro dès ce samedi 1er février (venez !)

Cette approche permettra de faire se rencontrer les acteurs qui veulent s'engager sur un même territoire et de former à la fois des particuliers, des prestataires et des comptoirs d'échanges !

Perrine : Super, tu sembles avoir bien pris tes marques, comment se sont passés tes 4 premiers mois ?

Pauline : Que du bonheur et que de rencontres !
J'ai compris le sens de la monnaie locale : créer la rencontre avec des personnes merveilleuses et diverses, avec une culture et un terroir que je connaissais finalement très peu.

Nous avons beaucoup travaillé avec tous les bénévoles de la Tinda : remise à jour de l'annuaire des prestataires et de nombreux fichiers, amélioration de certaines procédures, planification de l'année 2020, rencontre d'associations et de partenaires et d'autres surprises qu'on vous réserve !
Nous participons aussi à des formations pour améliorer la gestion au quotidien.

Perrine : Qu'est-ce qui concrètement va occuper la plus grande partie de ton temps dans les mois qui viennent ?

Pauline : Nos enquêtes révèlent 2 problèmes majeurs :

  1. "j'ai du mal à expliquer quels sont les avantages à utiliser la T!nda à mes clients ou à mes proches",
  2. "où puis-je écouler mes T!nda si j'en reçois trop ?" disent souvent les prestataires

Que l'on soit particulier, prestataire, une association, une municipalités ou journaliste, si l'on n'a jamais entendu parler de MLCC (monnaies locales complémentaires et citoyennes), l'argent est un sujet extrêmement sensible.

Notre priorité absolue, c'est de montrer lors d'événements et aussi via les Tind'Apéros, que la monnaie locale nous permet d'avoir accès à un réseau de commerces locaux, respectueux de l'environnement et engagés socialement. De dessiner notre territoire pour favoriser les commerces, artisans, thérapeutes que nous voulons soutenir et voir fleurir.

Perrine : D'après toi, quels sont les plus grands défis pour la T!nda ?

Pauline : Malgré le recrutement, nos moyens sont limités face à l'ampleur de la tâche.

La population à toucher en Béarn est immense et je travaille 28 heures par semaine.
Tou.te.s les adhérent.e.s, sont des relais bien plus puissants que moi et les membres actifs de l'association réunis.

Il est donc essentiel de former des groupes locaux, de donner des outils aux prestataires et aux utilisateurs pour qu'ils se sentent "armés" pour engager la conversation avec leurs clients et leurs proches.

Le financement est aussi un défi de taille car les subventions que le collectif de gestion a obtenues, ne permettent pas encore de pérenniser mon poste.

Perrine : Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ton rôle au sein de DMEM ?

Pauline : La T!nda est un formidable moyen de rencontres et de découverte de la région.

Mon poste me permet de mieux comprendre le Béarn, sa géographie, ses spécificités.

On n'est pas dans des discours sur la transition écologique, en parlant de monnaie, on est dans le concret.
C'est un outil formidable dont il faut s'emparer !

Perrine : Où et comment peut-on te contacter et te rencontrer ?

Pauline : Je tiens une permanence à la Villa Violettes à Billère tous les mercredis de 14h à 17h.
Vous pouvez m'appeler au 07 83 29 30 53 ou m'écrire à contact@demainenmain.org

Vous pouvez recevoir des informations régulières par e-mail, les Tind'infos et participer aux prochains Tind'Apéros qui s'organisent !
Dates et lieux à venir
...

Perrine : J'ai quelques petites questions bonus : d'où vient ta sensibilité écologique ?

Pauline : Je dirais que ça a été un cheminement, que nous sommes de plus en plus nombreux à faire.

Lorsqu'on réalise l'urgence liée au changement climatique, que l'on voit des peuples entiers déjà contraints de se déplacer, que les forêts brûlent, que se produit là 6ème extinction massive des animaux et j'en passe, on ne peut plus ignorer à quel point c'est notre environnement qui nous permet de vivre.
S'il disparaît, nous disparaissons avec. C'est déjà en train de se passer, maintenant.

Perrine : Quels changements as-tu opérés dans ta vie pour vivre plus en accord avec tes valeurs et faire émerger le monde que tu souhaites ?

Pauline : Essayer et faire de mon mieux pour dépendre le moins possible des énergies fossiles, manger local, réutiliser, ré-employer, réparer, etc.

Nous avons tou.te.s nos contradictions et c'est le plus dur à accepter.
Parfois j'ai l'impression que c'est comme si chaque personne devait porter sur ses épaules le poids de la crise écologique alors qu'on est englué.e dans un système.

Mais quand on rencontre d'autres personnes avec qui changer ensemble, on se sent plus fort.e.s et capables de faire basculer la balance.
Et j'y crois, même si elle va basculer un peu tard, il y a de plus en plus d'initiatives qui se mettent en place, partout dans le monde.

Et en parallèle, il va falloir se préparer pour s'adapter...

Perrine : Un documentaire ou un livre qui t'a marquée et que tu recommandes ?

Pauline : Je conseillerais Même si on pense que c'est foutu, du collectif Adret, 2017 car c'est un ouvrage auquel j'ai participé et qui m'a permis de rencontrer des personnes et des projets fantastiques !

Perrine : Que souhaites-tu en 2020 ?

Pauline : Que la T!nda puisse permettre à celles et ceux qui ne savent pas comment vivre de manière plus écologique de construire ensemble un outil pour les accompagner !

Merci beaucoup Pauline et à très bientôt.
T!ndement,
Perrine